Et le verdict est.. non coupable

Coline Lorenzo - Cabinet du Soi's photo.

La culpabilité. Un bien joli mot lourd de sens et de conséquences.

De quoi se sent-on coupable ? Envers qui ?

Coupable… envers ses parents. « Ils sont âgés maintenant et je n’ai pas le temps d’aller les voir autant que je le souhaiterais. Entre le travail, la maison et les enfants, c’est vraiment compliqué, je pense qu’ils sont très peinés ».

Coupable… envers ses enfants. « Je m’en veux de les avoir laissé se débrouiller seuls pendants quelques mois. Le divorce ne s’est pas bien passé, ça a été très dur, moralement, physiquement, je n’étais plus à la hauteur. Je n’arrivais plus à passer du temps avec eux après l’école, tellement de choses à s’occuper. Maintenant, mon grand redouble sa seconde et je sais que c’est de ma faute ».

Coupable… envers ses amis. « Je trouvais qu’elle n’allait pas bien depuis quelques temps, son ami la traitait mal, je la sentais malheureuse même si elle ne le disait pas. Alors j’ai essayé de lui dire qu’elle méritait mieux, qu’elle méritait d’être heureuse et que peut-être ce n’était pas le bon pour elle. Deux semaines qu’elle ne me parle plus, je n’aurais jamais dû dire ça ».

Coupable… envers ses collègues. « Beaucoup d’entre eux la méritait autant que moi cette promotion. Je sens bien qu’ils me regardent différemment maintenant, comme si je les avais trahis. C’est un problème de budget, il ne pouvait y avoir qu’une seule personne. Parfois je regrette presque que ce soit moi ».

Coupable… envers soi-même. « À l’époque du lycée j’avais de grands projets, je voulais voyager, voir le monde, apprendre des tas de choses. Mais il a bien fallu trouver de l’argent pour tout ça, et une chose en entraînant une autre, cela fait maintenant 9 ans que je travaille et je n’ai presque rien fait de ce dont je rêvais. J’ai l’impression de m’être laissé tomber, je suis vraiment déçu de moi, de ce que je suis devenu ».

Ce qui est le plus triste finalement, c’est que les personnes ressentant un sentiment de culpabilité sont souvent celles qui se soucient le plus. Celles qui veulent le bien de leur entourage, et qui le mettent en place. Jusqu’au jour où pour une raison ou pour une autre elles doivent se concentrer sur d’autres priorités plus urgentes et ne se remettent pas d’avoir privilégié quelque chose au-delà de ce qui comptait alors vraiment pour eux.
C’est simple, quand on ne se préoccupe pas, on ne culpabilise pas.

Ce que l’on oublie de faire dans ces moments de souffrance que l’on s’impose c’est jeter un œil au contexte:

Vous allez voir vos parents en maison de retraite toutes les deux semaines alors que vous voudriez le faire toutes les semaines. Regardez autour de vous, certains ne voient pas leurs enfants plus de trois fois par an. Qui vous a imposé ce rythme ? Et si vous y alliez toutes les semaines, au lieu de vous occuper de tout ce dont vous êtes responsable, au lieu de prendre le temps aussi de vous reposer un peu de ces semaines chargées ? Vous iriez les voir de plus en plus fatiguée, l’esprit éparpillé et finiriez par vous en vouloir de passer de mauvais moments avec eux voire à ne plus du tout avoir envie d’y aller.

Vos enfants étaient-ils en âge d’être responsables au moment du divorce ? Avez-vous continué à leur offrir un toit, à manger, des conditions de vie agréables ? Avez-vous regardé de plus près ce qui a pu conduire votre fils à redoubler ? En avez-vous discuté avec lui et ses professeurs avant de vous rejeter la faute sur les épaules ? Un divorce est un bouleversement de vie pour toute la famille, et personne ne le vit de la même façon. Un redoublement peut avoir diverses raisons et aussi des raisons multiples ! Mais surtout, ce n’est pas une fin en soi, c’est une seconde chance!

Une histoire d’amour c’est la construction d’un véritable petit monde à deux. Quand les fondations sont installées (stables ou non), il est très difficile pour une tierce personne, aussi proche soit-elle, de réellement apprécié la situation telle qu’elle est. D’autant plus que l’on a souvent qu’une version de l’histoire. C’est donc très compliqué lorsque l’on est en couple d’accepter l’opinion d’une personne extérieure, et d’autant plus si cet opinion vient toucher une faille que l’on n’a pas envie de voir ou d’accepter. Mais l’amitié c’est aussi prendre en compte l’avis de ses proches, tenter de la comprendre même si on ne l’accepte pas. Une amitié c’est en soi une autre forme d’histoire d’amour. Les émotions sont très fortes et ce n’est pas toujours facile d’exprimer ce que l’on ressent. Cela aurait finalement été une trahison de ce lien d’amitié de votre part de ne pas signifier à votre amie votre inquiétude concernant son bien-être, et de la laisser dans sa souffrance manifeste.

Vous avez travaillé dur pour ce nouveau poste, dur et efficacement. Vos collègues certainement aussi mais la hiérarchie a décidé que vous méritiez cette promotion. Auriez-vous préféré passer vos journées à faire un travail passable afin de garder l’appréciation de vos collègues ? C’est le monde du travail en équipe qui fonctionne de cette façon, et vous n’y pouvez rien. Même en équipe, il faut savoir penser et agir pour soi-même, car ce n’est pas pour vos collègues que vous vivez, et une fois la retraite arrivée, vous regretterez de ne pas avoir donné plus de vous-même.
Sachez aussi que la jalousie, l’envie sont des sentiments très communs, mais qu’ils ne perdurent dans le temps que lorsque l’on considère que ce qui a été « offert » à l’autre n’était pas mérité. Si vous n’avez pas triché, alors vous avez fait mieux qu’eux, et c’est désormais à eux de montrer qu’ils peuvent se dépasser aussi.

Vous culpabilisez de n’avoir pas réalisé vos rêves et projets de jeunesse ? Vous êtes-vous demandé s’il était vraiment trop tard ? Pourquoi ne pas les tenter maintenant ? Qui a bien pu vous dire qu’on ne pouvait atteindre ses ambitions que jusqu’à un certain âge ? Ce ne sera certainement pas aussi facile de partir à l’aventure maintenant que ça aurait pu l’être après le lycée, mais difficile est loin de signifier impossible !

La culpabilité c’est souvent une preuve d’amour du « coupable » envers sa « victime ». C’est lui dire, je t’ai laissé tomber et je n’aurais pas dû. Mais ce que l’on oublie à la fin de cette phrase et qui est le point le plus important, c’est que vous avez fait ce que vous pouviez dans un contexte difficile. Vous n’avez pas fait exprès de ne pas atteindre votre but. Et vous n’avez aucun contrôle sur les émotions et agissements des autres consécutifs à vos actes lorsqu’ils sont bienveillants.
Vous avez fait du mieux que vous pouviez.
Alors peut-être effectivement dans une situation différente vous auriez pu faire mieux, mais là ce n’était simplement pas possible. Et c’est comme ça. Personne ne fait les choses parfaitement 100% du temps. Et il n’y aucune raison de se sentir coupable. Bien au contraire.
Se soucier des autres n’est bon que lorsque l’on se soucie également de soi.
Prenez garde à ne pas vous oublier et continuez d’être sincère, avec les autres, et avec vous-même.

One Comment

  1. Répondre

    […] déculpabiliser ceux qui comme moi, savent quand ils ne peuvent plus (parce qu’on le sait, la culpabilité, c’est mauvais pour la santé!). L’important, finalement, c’est de faire, et si possible […]

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